La crise pèse sur la collective

La crise pèse sur la collective

31 mars 2021

Classement prévoyance 2021 : la crise pèse sur la collective

Classement prévoyance 2021 : la crise pèse sur la collective

Si les marchés de la prévoyance individuelle ont plutôt bien résisté à la crise du Covid-19, il n’en est pas de même pour les couvertures d’entreprises.

Avis de gros temps sur le marché de la prévoyance. Les conséquences de la crise sanitaire et économique se font sentir, notamment avec les mesures prises en faveur des entreprises. Pour la première fois, le marché suit une tendance baissière (- 1,2 % pour l’ensemble des acteurs de notre Top 30), tiré vers le bas par la moitié des acteurs qui affichent une croissance négative. Sans surprise, c’est la prévoyance collective qui a particulièrement pâti de la situation (- 2,8 %). Du coup, parmi les neuf plus fortes baisses de notre classement figurent essentiellement des acteurs paritaires, spécialistes de la collective. Agrica, Apicil, Ircem, IRP Auto, Klesia, Malakoff Humanis, l’Ocirp et Ugo voient tous leur chiffre d’affaires en prévoyance (en affaires directes) baisser au moins de 4 % en 2020.

Le pire est à venir

Malakoff Humanis, deuxième de notre classement, estime à 124 M€ l’impact de l’ensemble des mesures liées au Covid sur l’année 2020 (chômage partiel, exonérations de cotisations dans la branche HCR, impayés…), pour une baisse totale de chiffre d’affaires de 151 M€ (brutes d’acceptations). Des difficultés qui ont rendu son directeur général, Thomas Saunier, plutôt offensif lors d’une récente conférence de presse, constatant que « le montant de l’ensemble de ces mesures spéciales dépasse les économies faites à la suite de la baisse des dépenses de santé ». Un argument qui n’a visiblement guère convaincu le gouvernement, qui semble déterminé à augmenter de nouveau la « taxe Covid », instaurée provisoirement au titre de ces économies engrangées en 2020.

Pour les acteurs de la collective, le pire est probablement à venir. « Le gros du problème est devant nous : il subsiste toujours un grand nombre d’entreprises sous perfusion d’aides publiques ; mais quand celles-ci se tariront, le nombre de défaillances risque d’exploser – et avec elles, toutes leurs conséquences », résume Mylène Favre-Béguet, associée au sein du cabinet d’actuariat conseil Galéa. L’impact encore méconnu de la portabilité (entre un et huit points selon les estimations) pèsera dans les comptes 2021, sans compter les probables impayés pour cause de défaillances. Par ailleurs, rappelle Mylène Favre-Béguet, « la dérive du risque arrêt de travail n’est pas nouvelle [autour de 4 % par an depuis 2017 – NDLR], mais elle s’est fortement dégradée (autour de 10 % pour les paritaires), affectant des ratios S / P déjà fragilisés ». Enfin, au vu des tensions autour de la taxe Covid, il semble peu probable que les organismes spécialisés sur la collective bénéficient d’un traitement de faveur de la part du gouvernement, alors que, comme le souligne Marie-Laure Dreyfuss, la déléguée générale du Centre technique des institutions de prévoyance (CTip), « les acteurs paritaires ont été au plus près des entreprises et de leurs salariés pour les soutenir (notamment avec des exonérations de cotisations, délais de paiement…), efforts qui ne sont pas du tout reconnus aujourd’hui ».

Trouver de nouvelles solutions

Une fois ces sombres constats dressés, quelles voies s’offrent aux organismes d’assurance pour redresser la barre ? Certains ont revu des prestations à la baisse dans des régimes de branche (notamment quant aux franchises), bien que le sujet reste sensible. « Diminuer les prestations face à cette atonie des cotisations est tentant, mais difficile sur l’incapacité, car les partenaires sociaux sont particulièrement vigilants face à ce risque – alors qu’ils devraient plutôt l’être sur l’invalidité », prévient Mylène Favre-Béguet.

Les chiffres à retenir

  • - 1,2 % : l’évolution des cotisations en 2020 de l’ensemble des 30 premiers acteurs de la prévoyance
  • -2.8 % : la baisse des cotisations en prévoyance collective
  • + 1,6 % : la progression des cotisations en prévoyance individuelle
  • 682 M€ : l’ensemble des cotisations annoncées en dépendance, un chiffre de nouveau en baisse en 2020 (- 1,9%).

Deuxième possibilité, plus radicale : Malakoff Humanis assume ouvertement avoir résilié des contrats de branche qu’il n’estimait plus être en mesure de redresser. Si cette sélectivité accrue existait déjà avant la crise économique (la résiliation unilatérale de la recommandation de la branche du négoce et des prestations de services dans les domaines médico-techniques [IDCC 1982] en 2019 avait été particulièrement médiatisée), elle s’est poursuivie en 2020 avec des appels d’offres où les candidats ont été moins nombreux. De lourds redressements tarifaires ont été menés dans des branches de taille moyenne (de 20 000 à 30 000 salariés) pour équilibrer des régimes dégradés de longue date et, surtout, compenser l’aridité des réserves financières.

« À terme, ces difficultés pourraient accélérer les rapprochements entre branches professionnelles », ajoute Mylène Favre-Béguet. La concentration des branches (le rapport de Pierre Ramain visait un univers d’une centaine de conventions collectives nationales d’ici à 2021… avant la crise sanitaire), souvent mise en pause depuis le début de la crise, se poursuit toutefois dans quelques secteurs d’activité.

Troisième voie, explorée de longue date : mettre en œuvre des dispositifs de maîtrise de la sinistralité, au titre de la prévention. Lancés notamment pour contenir la dérive structurelle du risque arrêt de travail et pour s’adapter au vieillissement continu de la population active, ils deviennent incontournables dans les appels d’offres.

Quatrième axe de réflexion : la diversification. Thomas Saunier, directeur général de Malakoff Humanis, souligne que son groupe sera bientôt plus « offensif » sur les marchés de l’épargne retraite, empruntant un chemin pris de longue date par AG2R La Mondiale ou encore Apicil, tandis que divers rapprochements entre acteurs aux risques diversifiés se sont conclus ces derniers temps, facilitant l’équilibrage de leurs portefeuilles (Aésio-Macif, Klesia avec Generali sur la réassurance…). Klesia, signale d’ailleurs à L’Argus avoir fait évoluer la répartition de son chiffre d’affaires entre santé et prévoyance au profit de la première, « l’année 2020 ayant été marquée par un fort développement commercial en santé ».

Cette morosité sur la prévoyance collective n’est pas tout à fait compensée par la résistance sur l’individuelle (en progression de 1,6 % tous acteurs confondus). Quant à la dépendance, si elle peine toujours à séduire les assurés (- 1,9 %), l’inclusion croissante de ce type de garanties dans des produits d’épargne pourrait constituer une voie de développement – indépendamment du projet de loi sur la perte d’autonomie qui a été reporté. Enfin, de leur côté, les offres en GAV (garantie des accidents de la vie) bénéficient encore d’un dynamisme certain (+ 5,4 %).