AMRAE 2021 – Le risk manager a une vue de gestion des sinistres graves que d’autres n’ont pas

AMRAE 2021 – Le risk manager a une vue de gestion des sinistres graves que d’autres n’ont pas

8 février 2021

François Malan (Eiffage) : « Le risk manager a une vue de gestion des sinistres graves que d’autres n’ont pas »

A l’occasion de l’AMRAE digital, l’Argus de l’Assurance s’est entretenu avec six risk managers issus de secteurs et d’entreprises différentes qui se confient sur l’évolution du métier et ses nouvelles contraintes. Pour notre quatrième entretien de la semaine, François Malan directeur de la gestion des risques et de la conformité d’Eiffage explique comment il accompagne son entreprise vers une plus grande maturité en matière de gestion des risques.

Les traditionnelles rencontres de l’AMRAE (Association pour le management des risques et l’assurance de l’entreprise) se tiendront du 3 au 4 février. A l’occasion de cet événement qui se tient exceptionnellement de manière virtuelle, en raison du contexte sanitaire, l’Argus de l’assurance donne la parole aux risk managers, ces maillons essentiels de la gestion du risque en entreprise. François Malan est directeur de la gestion des risques et de la conformité au sein d’Eiffage depuis mars 2019, il raconte comment il a participé à la gestion de crise au sein d’un groupe où le risk management commence à prendre de l’importance.

Chaque entreprise à sa propre stratégie de gestion de risque, chez Eiffage avez-vous participé à l’élaboration du PCA ?

François Malan : Il existait quelques plans de continuité pour les activités stratégiques ou critiques, mais pour le reste du groupe il n’y avait pas forcément de plan formalisé. Je suis arrivé au sein d’Eiffage il y a bientôt deux ans et la création d’un PCA était justement dans ma feuille de route pour 2020. Je venais juste d’achever la mise en place d’un plan de gestion de crise. Nous avons donc élaboré des PCA de manière rapide et simplifiée qui nous ont permis de maintenir un bon niveau d’activité. Tout cela a montré l’importance du risk manager et de disposer d’une méthodologie ajustable pour assurer une continuité d’activité. Il faut que toutes les entreprises aient un PCA adapté à leur culture, pratiques et mis à jour. Elles doivent vérifier que dans leur supply chain, leurs prestataires et leurs fournisseurs principaux aient aussi un PCA.

Quel a été votre rôle au sein de la cellule de crise ?

François Malan : Eiffage a mis en place plusieurs cellules de crises (achats masques, collaborateurs à l’étranger, …). La cellule de crise centrale avait pour mission de gérer l’arrêt d’activité dans un premier temps puis la reprise d’activité dans un second temps.
J’ai piloté la reprise d’activité sur nos sites tertiaires. Je suivais au quotidien les quotas de reprise d’activité avec les moyens généraux et j’ai mis en place des outils internes d’information et d’évaluation des risques.

Un risk manager doit-il être impliqué dans la cellule de crise et dans l’orchestration des PCA ?

François Malan : Oui, c’est important. C’est légitime parce qu’au-delà de l’évaluation des risques le risk manager a quand même une vue de prévention des risques et de gestion des sinistres graves que d’autres n’ont pas. Tous les risques managers ont été confrontés à des gestions de crises, nous avons également une vue transverse, ce qui est très important, ainsi qu’une vue impartiale. On n’est pas impliqué directement dans les opérations, donc on a davantage de recul dans la prise de décision.

Existe-t-il des alternatives au transfert d’assurance ?

François Malan : Les captives, la prévention… Nous n’avons pas de captives principalement parce que 60 % de notre programme d’assurance est composé d’assurances obligatoires RC décennales, donc de longue durée et avec une sinistralité récurrente. En tout état de cause, nous allons revisiter notre politique de transfert. Nous allons aussi regarder quels sont les moyens alternatifs. Nous allons réfléchir à la mise en place des solutions diverses telles que des solutions pertes pécuniaires ou des provisions financières si cela devient possible.

Et la prévention des risques ?

François Malan : C’est un élément essentiel, malheureusement, même en hard market les assureurs ne valorisent pas la prévention à sa juste valeur. En effet, ils opèrent parfois des majorations presse-bouton sans tenir compte de la bonne prévention des entreprises.

Le transfert à l’assurance est-il inévitable ?

François Malan : Pour Eiffage oui. L’assurance dommages ouvrage et la RC décennale sont des assurances obligatoires, je suis donc obligé légalement de transférer ces risques à l’assurance. Cependant 80% des risques identifiés dans notre cartographie des risques ne sont pas transférables donc il faut trouver d’autres solutions de maîtrise ou accepter de les supporter comme des risques d’entreprise.